INTERVIEW
Francis Dedobbeleer, créateur et organisateur de la Nuit Élastique, répond sans langue de bois aux questions des internautes.

Question : Pourquoi avez-vous créé la Nuit Élastique ?
Francis Dedobbeleer : Quand j’ai créé la Nuit Élastique j’organisais déjà des soirées fétichiste depuis 7 ans en Belgique, certains doivent s’en souvenir, elle s’appelait la Nuit du Désir. Mais en venant m’installer à Paris, il me semblait naturel de les organiser désormais à Paris. Tout en continuant à organiser de temps à autre des soirées en Belgique.
Question : Les soirées fétichistes à Bruxelles ont d’ailleur une sacrée réputation !
Francis Dedobbeleer : Oui, enfin, soyons sérieux tout cela part d’un malentendu et c’est désormais de l’histoire ancienne. Bruxelles est redevenue dans ce domaine beaucoup plus modeste, plus proche de de qu’elle représente réellement d’un point de vue démographique. Pendant quatre années, mon équipe et moi-même avons organisé des soirées gigantesques à Bruxelles, des soirées qui ont toutes rassemblé entre 500 et 600 personnes. C’est complètement disproportionné quand l’on sait qu’il y a moins d’habitants dans toute la Belgique que quand l’Ile-de-France uniquement. En vérité, durant plusieurs années, il n’y avait presque pas de soirées fétichistes à Paris et la Nuit Dèmonia n’était pas encore revenue. Je vous rappelle que la Nuit Dèmonia n’a pas eu lieu entre 1995 et 2002. Nous pouvions alors organiser de grandes soirées annuelles à Bruxelles et y attirer des fétichistes de partout mais essentiellement venus de France, région parisienne, Nord et Pas-de-Calais en tête grâce au TGV. Au total, lorsque nous rassemblions 600 personnes, il y avait 400 Français, environ 150 Belges et une cinquantaine de personnes venant d’ailleurs. Une fois que les grosses soirées sont réapparues en France, cela n’a plus été possible. Et Bruxelles ne parviendra jamais à attirer aussi facilement du monde que Paris. Paris est une ville magique. Cela dit ces quatre immenses soirées furent vraiment des moments fantastiques, c’est là que j’ai découvert tout le talent de Patrice Catanzaro par exemple en le faisant défiler à Bruxelles avant de le faire défiler chaque année, et je le remercie pour sa fidélité, à la Nuit Dèmonia.
Question : Quelle est la spécificité de la Nuit Élastique ?
Francis Dedobbeleer : C’est une soirée qui se veut plus simple et plus ouverte que la scène SM et fétichiste ne l’est d’ordinaire. Le côté élitiste ce n’est pas pour moi. Je n’ai jamais pensé que les sexualités fétichistes ou SM aient quoi que ce soit de supérieures aux autres sexualités, ce qui est malheureusement une idée trop répandue dans notre communauté voire mêle en dehors de celle-ci. C’est d’une connerie sans nom. La spécificité de la Nuit Élastique serait donc plutôt de ramener les choses à leur réalité. C’est sans doute moins glamour mais c’est plus juste, plus honnête. La Nuit Élastique n’a pour seule fonction de permettre aux fétichistes et aux sadomasochistes de se retrouver, de se rencontrer dans une soirée où on ne les dépouille pas financièrement et où l’on entretient pas le mythe de la sexualité plus subtile que les autres.
Question : La Nuit Élastique a-t-elle participé au changement des mentalités ?
Francis Dedobbeleer : Non, pas toute seule en tout cas, ce sont les soirées fétichistes dans leur ensemble qui ont changé les mentalités. En tout cas toutes les premières soirées fétichistes, celles organisées par Tim Woodward en Grande-Bretagne, par Peter W. Czernich en Allemagne, par Steve English aux Pays-Bas, par Dèmonia en France et par moi-même en Belgique. Tous les autres n’ont fait que suivre, ce qui est leur droit le plus strict, mais toujours est-il qu’aucun des suiveurs n’a apporté quoi que ce soit de vraiment différent ou novateur. Bien au contraire, le seul but des suiveurs a été de « moraliser » la scène fétichiste en lui donnant un aspect « mode » ou « branché » absolument ridicule sans aucun rapport avec la réalité des choses. Mais les gens ont parfois tellement peur de leurs propres pulsions sexuelles que ça les rassure de se retrouver dans des soirées fétichistes « fashion victims ». Toujours est-il que, deux ou trois ans plus tard, ils nous reviennent toujours. Sans doute lassés par trop de « sagesse ».
Question : Comment la Nuit Élastique est-elle devenue la soirée fétichiste de référence à Paris ?
Francis Dedobbeleer : Elle ne l’est qu’en terme de fréquentation, pour le reste je les laisse les gens décider. Mais bon, c’est gentil. La vraie différence c’est que je suis, depuis toujours, un vrai fétichiste et pratiquant SM. Et que j’adore organiser des soirées, c’est ce que je fais depuis toujours. J’organisais des petits festivals de new wave, puis des soirées électroniques. Organiser des soirées fétichistes n’a été qu’une manière d’associer deux de mes passions et, plus le temps passe, plus j’aime ça. L’autre grande différence est que je travaille beaucoup, que ce soit sur la promotion, la communication, l’identité visuelle de ma soirée. Ce qui a rendu la Nuit Élastique plus populaire que les autres c’est surtout le travail, ne pas perdre son temps dans de vaines discussions mais communiquer clairement et largement.
Question : Que pensez-vous des gens qui opposent SM et fétichisme ?
Francis Dedobbeleer : C’est absolument ridicule. On peut évidemment être l’un ou l’autre, ce n’est pas forcément lié. Moi j’ai toujours aimé les deux, c’est personnel mais je suis loin d’être le seul dans ce cas. Toujours est-il que, même si la Nuit Élastique est une soirée purement fétichiste, les amateurs de domination et de soumission y sont les bienvenus pour peu qu’ils respectent le « dress code ». C’est d’ailleurs un excellent point de rencontre. C’est plus simple de faire de nouvelles rencontres intéressantes dans une soirée où il y a des centaines de personnes que dans des clubs plus privés, mais tout cela est complémentaire. On peut venir à la Nuit Élastique pour trouver des partenaires puis se rendre dans un club SM, chez soi ou une soirée privée pour mettre les choses en pratique. Cela dit, la Nuit Élastique est également ouvertes à toutes les autres pratiques sexuelles : échangisme, bisexualité, pluralité, homosexualité… Le point commun est l’amour des matières, pour le reste nous sommes ouverts à tout.
Question : Que pensez-vous des autres soirées fétichistes ?
Francis Dedobbeleer : En gros, je suis assez heureux qu’elles existent. Certaines apportent de vraies choses, d’autres ne font que copier ce qui se fait par ailleurs. J’aime ceux qui innovent, ceux qui tiennent leurs promesses, que le programme annoncé soit en rapport avec la réalité de la soirée. Ce qui est intéressant c’est de faire preuve d’originalité et de personnalité. Mais ce n’est pas facile pour tout le monde d’avoir des idées.
Question : Mais vous, n’avez-vous pas puisé vos idées ailleurs également ?
Francis Dedobbeleer : Ailleurs oui, c’est sûr, je ne vais prétendre avoir tout inventé. J’ai puisé des idées dans toutes les soirées qu’elles soient goth, rock, techno, échangistes ou gays. Mais forcément, je n’ai pas vraiment pu copier les autres soirées fétichistes puisque quand j’ai créé ma première soirée j’étais parmi les pionniers. Nous nous sommes inspirés mutuellement des expériences des autres dans les différents pays mais chacun a créé un style spécifique, en fonction des différentes cultures ou de notre personnalité propre. Si la Nuit Élastique a un côté plus « rock’n roll » que les autres c’est juste dû à mon tempérament.
Question : Que répondez-vous aux gens qui prétendent que vous n’organisez la Nuit Élastique que par pur intérêt financier ? En gros, que tout cela ne vous intéresse pas personnellement ?
Francis Dedobbeleer : J’aimerais dire qu’ils ont raison, mais ce serait pure provocation. Je déteste avoir à me justifier mais ma sexualité, assumée, est bien plus hard que ce que tout le monde peut imaginer. Si j’avais voulu gagner beaucoup d’argent, j’aurais vraiment fait un autre métier. Je me suis battu pendant plus de dix ans avant de gagner modestement ma vie dans ce milieu. J’ai du travailler dans des usines à la chaîne et des conneries du genre pendant de nombreuses années afin de subvenir à mes besoins, alors que j’étais éditeur d’une revue SM. J’ai même été arrêté en 1984 pour « atteintes aux bonnes mœurs ». À cette époque on m’a tout pris, vraiment tout. Mon engagement est un combat. Je n’ai de leçon à recevoir de personnes, surtout pas de ceux qui sont venus se greffer sur le sujet alors que tout était acquis. D’ailleurs, il y a un moyen très simple de faire la différence entre les pionniers et les autres. Les pionners agissent sous leurs vrais noms, parce que de toute façon les procès de l’époque ou les obligations légales les y ont obligé, tandis que ceux qui surfent sur la vague usent de pseudos ridicules. Celles et ceux qui œuvrent sous des pseudonymes sont des gens malhonnêtes qui quitteront le navire dès les prochains problèmes.
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Francis Dedobbeleer en quelques dates :
1961 : naissance à Bruxelles
1978 : bassiste du groupe punk H2SO4
1981 : édite sa première revue SM « Souffrances » puis « Moda-Moda »
1984 : arrêté pour atteinte aux « bonnes mœurs » suite à la publication de ces revues
1988 : élu conseiller municipal à Bruxelles
1988 : devient rédacteur en chef de « Secret Magazine »
1991 : organise la première soirée fétichiste de Belgique (avec 3 amis)
1991 : lance les magazines « Sentiment Moderne » et « Talons Aiguilles »
1992 : organise la « Nuit du Désir » (première soirée fétichiste régulière de Belgique)
1995 : s’installe à Paris
1998 : lance la « Nuit Élastique » à Paris
2002 : reprend avec Laurence Dorra l’organisation de la « Nuit Dèmonia »
2008 : fête le dixième anniversaire de la « Nuit Élastique »