| INTERVIEW : POURQUOI LE DRESS CODE ? |

Photo : Agnès Giard |
Nous avons posé à Francis Dedobbeleer
(co-organisateur
des soirées concernées)
les questions les plus fréquentes
et les plus entendues à ce sujet. |
Pourquoi est-il important d'imposer un "dress code" ?
L'idée est aussi ancienne que les soirées fétichistes. Tout d'abord le verbe "imposer" me semble totalement inaproprié puisque nos soirées ont pour but de réunir les fétichistes du vinyle, du latex et du cuir ce devrait donc être un plaisir pour tous les participants et non pas une obligation. Si, depuis le début il y a plus de 15 ans maintenant, nous imposons cette règle c'est pour que nos soirées ne deviennent pas un zoo qui les non-fétichistes viendraient observer et se moquer des fétichistes. On pourrait croire qu'il s'agit d'une règle inutile mais l'expérience m'a prouvé qu'elle est l'essence même de ce qui fait l'originalité des soirées fétichistes et que c'est ce qui les protège de toutes les dérives.
Quelles dérives ?
Les personnes qui ne se plient pas au dress code vinyle-latex-cuir
(certaines soirées ont fait l'expérience d'ouvrir leurs
portes à tout le monde) deviennent souvent très rapidement
agressives et violentes, après un petit moment d'adaptation
et deux verres pris au bar elles tiennent des propos très "normatifs" et
j'ai même pu assister à l'agression de travestis qui participaient également à ces
soirées, à des comportements extrêment machos où les
femmes présentent étaient traitées de "putes" ou
même à l'interdiction de pratiques sexuelles dans l'enceinte
de la soirée pour ne pas choquer les non-fétichistes,
un comble quand même. Alors que, curieusement, dès que
l'on oblige ces mêmes personnes à porter un pantalon en
vinyle, latex ou cuir leur comportement ne se pose plus de problème.
Mais pourquoi ?
Sans doute parce que cela devient un peu bizarre de se moquer
de la tenue de quelqu'un alors que l'on est soi-même habillé exactement
de la même façon. C'est aussi bête, c'est aussi
simple que ça.
Votre règle vinyle-latex-cuir compte-t-elle également pour les fétichistes
des uniformes et les travestis ?
Jusqu'ici nous étions très ouverts quant aux fétichistes
des uniformes et aux travestis mais il y a depuis quelques temps de
tels abus que nous avons décidé de devenir plus sévères. En
fait d'appliquer la même règle pour tout le monde.
Des abus ? Mais qu'entendez-vous par là ?
Quand nous avons ouvert nos soirées aux fétichistes des
uniformes, ce qui n'était pas le cas lors de nos premières
soirées début 90, nous pensions accueillir toutes sortes
d'uniformes : soubrettes, majordome, infirmière, médecin,
pompier, flic, militaire, etc. Ce fut d'ailleurs le cas pendant quelques
temps où la variété des uniformes était
assez grande et puis, je ne sais pas trop pourquoi, ça n'a plus été le
cas soudainement. Il n'y a eu plus que deux types d'uniformes : des
uniformes militaires et des personnes en blouse de médecin,
les premiers donnant un côté de plus en plus "politique" à nos
soirées par leur nombre croissant et les seconds ne faisant
vraiment aucun effort. Certains avaient trouvé le truc, je mets
une blouse de médecin par-dessus ma tenue de ville et, hop,
j'entre dans toutes les soirées fétichistes. S'ils étaient
vraiment fétichistes des blouses blanches ils seraient sans
doute nus sous leurs blouses et c'est loi d'être
le cas.
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Les uniformes sont-ils interdits
désormais ?
Mais pas du tout ! Seulement il ne faut pas perdre de vue que nos soirées
ne sont pas des soirées pour les fétichistes des uniformes réalistes
(et certains uniformes sont vraiment un peu trop réalistes à notre
goût) mais pour les fétichistes du vinyle, du latex et du cuir.
Il n'est pas bien difficile de satisfaire au dress code en mettant un pantalon
en cuir par exemple. Les SM gays n'hésitent pas à opter pour un
uniforme très cuir, c'est à la fois plus sexy, moins réaliste
et plus équitable. Regardez les femmes, elles viennent depuis longtemps
en tenue d'infirmière de vinyle blanc ou en latex vert, elles viennent
en tenue de soubrette en vinyle, cela ne leur pose pas de problème, c'est
pourquoi je n'ai pas qu'inquiétude.
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Même
les tenues d'étudiantes
existent en vinyle ! |
Et pour les travestis quel est le souci ?
Le problème ne vient pas des véritables travestis qui ont
toujours été à la fois peu nombreux mais extrêment
respectueux et joyeux dans nos soirées. Le problème vient,
une fois encore, de ces hommes qui font tout et n'importe quoi pour tricher.
Ils enfilent une jupe en tissu classique, passent un collant sur leurs
jambes poilues et se collent une perruque de Carnaval sur la tête.
Ils ne sont ni sexy, ni vraiment travestis. Les pires sont sans doute ces
hommes qui s'habillent, si on peut dire, en femmes parce que rien n'est
plus humiliant que d'être une femme. C'est une vision très
macho finalement. Bref, par respect pour les femmes et les vrais travestis
nous devons être désormais plus sévères. Il
faudra donc avoir une jupe en vinyle-latex-cuir même si on est travesti.
Finalement tout le monde sera logé à la même enseigne,
l'égalité sera totale et parfaite.
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Mais en devenant plus sévères ne risquez-vous
pas de devenir élistes ? C'est cher le vinyle, le latex
et le cuir, non ?
J'entends souvent cette réflexion, elle est absurde. Tout
d'abord, comme je l'ai déjà dit, ce ne devrait
pas être un achat bien
pénible de devoir acheter des vêtements en vinyle-latex-cuir quand
on est fétichiste de ces matières. Ensuite il est totalement
faux que les vêtements dans ces matières soient chers, on trouve
des robes en vinyle à 40 €, des jupes à partir de 35 € et
des pantalons
en vinyle à 70 € * ! Ce n'est pas plus cher que des
vêtements en jean ! C'est donc un faux débat.
* prix relevés à la Boutique Dèmonia (Paris) en dehors de toute
promotion et des soldes (où les tarifs sont encore plus intéressants).
Vous pouvez bien sûr acheter votre tenue dans la boutique de
votre choix, ceci n'est qu'un exemple. |
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Ne risquez-vous pas de perdre des clients et de l'argent en
agissant ainsi ?
Il faudrait savoir. Tantôt on me dit que je ne suis intéressé
que par l'argent en "forçant" les gens à acheter des tenues en vinyle,
en latex et en cuir alors que tout le monde est libre d'acheter ces tenues
où bon lui semble. Ensuite on me dit que je risque de perdre des clients
et donc de l'argent. Mais il faut savoir que le but des soirées n'est
pas de faire de l'argent à tout prix, ça ne m'intéresse pas, si c'était
l'argent qui m'intéressait je ferais sans doute un autre métier. Vendre
de l'électricité, de l'eau, des meubles ou des fringues en coton ça rapporte
autrement plus d'argent. Et je refuse le chantage que j'entends trop
souvent à l'entrée de mes soirées, des clients à qui nous refusons l'entrée
parce qu'ils ne respectent pas le dress code. Ils nous lancent de grandes
phrases telles que "si c'est comme ça vous n'aurez pas notre argent !".
D'une certaine façon ils ont raison, nous ne voulons pas de leur argent,
l'argent ne doit pas servir de passe-droit. Je préfère faire entrer gratuitement
de véritables fétichistes que d'accepter l'argent de ceux qui ne le sont
pas et qui n'ont donc rien à faire chez nous.
N'est-ce pas une forme de ghetto ?
Mais quel ghetto ? Il y a plein de soirées, sexy, dansantes ou
autres. Il y a tout ce que l'on peut désirer à Paris. Personne n'aurait
l'idée d'exiger d'un restaurant chinois qu'il nous serve un moules-frites,
personne n'aurait l'idée de demander que l'on fasse le silence dans
une soirée techno sous prétexte qu'on aime pas ce genre de musique,
personne n'exige des disquaires qu'ils se mettent à vendre des chaussures...
Quand on vient dans mes soirées on sait pourquoi et on sait ce que
l'on peut en attendre. Qui plus est mes soirées sont paradoxalement
les plus ouvertes puisque l'on y trouve des personnes de tout âge,
de 20 ans à 70 ans, des hétéros, des gays, des lesbiennes, des bisexuels,
des travestis, des transsexuelles, des minces et des gros, des personnes
de toutes les races, des fans de tous les genres musicaux possibles
et imaginables... Je ne crois pas que beacoup de soirées puissent
se targuer d'autant d'esprit d'ouverture. Un jour, en 2004 lors de
la Nuit Dèmonia, un journaliste de Arte m'a dit qu'il n'avait jamais
vu une soirée aussi ouverte. Je pensais qu'il me parlait de ce mélange
des orientations sexuelles et des cultures mais non, il me parlait
du fait que les handicapés sont acceptés chez nous. Eh oui, c'est
fou ça, je ne savais même pas qu'on refuse l'entrée de nombreuses
boîtes aux handicapés. Je ne savais pas que je posais là
un "acte politique", à vrai dire ça ne m'avait même jamais traversé
l'esprit de refuser quelqu'un qui est manchot ou qui est en chaise
roulante. Alors parler de ghetto c'est vraiment n'importe quoi, nous
n'avons de leçon à recevoir de personne en la matière.
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